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Interview: Battles, le math-pop en ménage à trois2011-08-11 10:37:00

Interview: Battles, le math-pop en ménage à trois

Incroyables sur scène et intenables en interview, les Battles se sont définitivement remis du départ de leur ancien chanteur, Tyondai Braxton. Avec Gloss Drop, leur deuxième album (et premier en tant que trio donc), Ian, Dave et John occupent naturellement "l'espace sonore" avec la puissance d'un "boxeur de 150kg". Epaulés par d'audacieux et nébuleux featurings (Matias Aguayo, Garry Numan, Kazu Makino, Yamantaka Eye), ils livrent un "amas rose" dont ils ne sont eux même pas sûrs de la signification.

Nous les avons rencontrés le 30 juin dernier au Cabaret Sauvage dans le cadre du festival ME.002 avant de les retrouver ce weekend à la Route du Rock 2011.

Interview par Ariane Gruet / Montage par Thomas Folliot / Produit par Anousonne Savanchomkeo 

Battles: Ian Williams (guitare/claviers), John Stanier (batterie), Dave Konopka (basse/guitare)
Album: Gloss Drop à écouter sur Spotify et à acheter sur Bleep
Label: Warp

Retrouvez l'intégralité de l'entretien ci-dessous.

Grandcrew.com: Ça fait tout juste quatre ans que votre premier album est sorti. Que s’est-il passé entre Mirrored et Gloss Drop ?
Ian Williams: On est parti en tournée pendant 2 ans environ pour Mirrored, donc ça nous amène à 2 ans en arrière. On squattait alors un local à Brooklyn dans lequel on répétait et où on a commencé à écrire. C’est un peu lent, nos emplois du temps étaient un peu incompatibles et on est finalement rentré en studio l’année dernière. Il y a eu quelques obstacles mais on a enfin terminé l’album en janvier dernier.

Grandcrew.com: Après le départ de votre chanteur Tyondai Braxton, avez-vous gardé des ébauches ou avez-vous simplement tout recommencé ?
John Stanier: Je ne pense pas qu’on avait assez de matières pour un album entier. On avait quelque chose comme un tiers d’album mais on n’était pas tout à fait satisfait de ce qu’on avait. Et étrangement, ça a été une bonne chose pour nous. Alors on a repris quelques morceaux de ceux qu’on avait déjà, mais on tout repris depuis le début pour la plus grande partie et on a refait un album entier avec le tiers du temps imparti. On s’en est plutôt bien sorti et je dirais que ça a joué en notre faveur.

Grandcrew.com: Comment vous sentiez-vous à l’époque ?
Ian Williams:
On était triste ?
Dave Konopka: Je n’étais pas triste, j’étais énervé, content, mauvais mais pas triste. Frustré je ne sais pas, mais ça va bien avec. Avec tous les revers qu’on a vécu, c’était comme si on était un boxeur, un boxeur de 150 kg qui n’arrête pas de se prendre des coups dans la tête mais qu’on maintiendrait debout jusqu’à ce que son adversaire ait gagné. Pour moi ça ressemblait un peu à ça...
Attendez, vous nous avez demandé si on était triste?
Ian Williams: Non, c’est moi !
Dave Konopka: Tu as demandé ça?
Ian Williams: Ouais
Dave Konopka: Mais qui dirige cette interview?
Ian Williams: Toi !

Grandcrew.com: Gloss Drop est beaucoup plus rythmé et dansant que Mirrored ?
Dave Konopka:
Ce n’était pas quelque chose qu’on a fait de manière réfléchi genre “il faut qu’on se pose et qu’on fasse un album positif parce que tout craint en ce moment”, c’était plus du genre, on savait qu’on devait dépasser cette situation et ne pas tomber dans le déballage de linge sale, personne ne veut entendre ça sur un album. Donc il fallait qu’on aille de l’avant. Aller de l’avant c’était ce qui comptait le plus pour nous, le but était simplement se sentir libre, joyeux et de retrouver l’excitation en tant que groupe. Alors c’était une sorte de nouveau souffle de vie qui venait raviver notre existence en tant que groupe.

ça a été facile de combler l’espace sonore parce qu’on génère tous pas mal de boucan

Grandcrew.com: Comment s’est passé l’après-Tyondai en studio et sur scène ? Avez-vous dû changer vos habitudes ?
Ian Williams: Tu fais naturellement les choses de manière différente quand tu te vois en tant que trio, et plus comme une formation à quatre. On s’est dit qu’il fallait un peu revoir les rôles de chacun au sein du groupe. Mais ça a été facile pour nous de combler l’espace sonore parce qu’on génère tous pas mal de boucan. Donc je pense que la réponse et ‘oui’ et ‘non’ car on a toujours eu un problème quand on était quatre, pour laisser assez de place à chacun d’entre nous. Du coup, c’est plus simple maintenant.

Grandcrew.com: Il y avait tout de même un vide au niveau du chant ? C’est pour ça que la moitié de l’album est composé de featuring ?
Dave Konopka: Je ne pense pas qu’on ait eu une intention particulière quand on a demandé aux guests vocaux de se joindre à nous. Le seuil de limitation de Battles était toujours de se dire “On peut être aussi violent qu’on le veut” mais je trouve qu’ils contrebalancent parfaitement avec ça car l’album est plus percutant et enjoué. Il y a beaucoup plus d’énergie dans Gloss Drop et on réinterprète complètement les chansons en live, comme si on était des animaux en cage que les gens venaient voir. Il y vraiment un autre niveau d’énergie qui se dégage des chansons.

Grandcrew.com: Pourra-t-on voir un jour Battles devenir un groupe uniquement instrumental ?
Ian Williams: Pour nous, les voix ont toujours été quelque chose que l’on contournait, même lorsque notre précèdent chanteur s’en chargeait : il les modifiait électroniquement. On n’a jamais utilisé les voix de manière brute et même quand c’est le cas sur cet album, c’est traité d’une manière conceptuelle parce que les chanteurs ne sont pas du groupe. Donc je pense qu’on peut avoir cette dualité dans le rapport instrumental et vocal et j’ai l’impression qu’on peut être les deux à la fois.

Grandcrew.com: Que signifient la pochette et le titre de Gloss Drop ?
Dave Konopka:
C’était juste un concept de nous en tant que retranscription d’un groupe de studio et un groupe de scène et faire deux formes d’art différentes avec la même matière, en contrôlant une substance et rendre l’autre organique. Et on voulait seulement celle qui était organique pour l’album, pour la pochette. C'est intégré à notre processus de création, ce n'est pas quelque chose que l'on peut comprendre. Mais c’est juste un gros amas rose, ce sont juste de petites sculptures que j'ai faite. Il n’y a pas de message derrière ça. Mais d’un autre côté, on voulait juste créer quelque chose d’iconique que vous ne pouvez qu’associer à Battles. Tu ne vois pas souvent de gros amas rose essayer d’être visuel je pense. C’est la même chose pour le titre de l’album, on ne peut que l’associer à Battles.
Ian Williams: Ouais, des couleurs pétantes en surface mais « Drop » c’est aussi quelque chose de sale. Chaud et froid. Doux et rugueux. Salé et sucré.

Grandcrew.com: Les titres sont-ils liés à leur chanson ? Ont-ils un quelconque rapport ?
Ian Williams:
Je trouve que la chanson “Africastle” sonne comme un château. Nan je rigole. Par exemple, sur “Wall Street”, on a cette petite partie qui sonne comme de la musique pour personnes qui ont réussi, si tu l’écoutes, tu auras beaucoup de réussite, alors on l’a appelé “Wall Street”. Et c’est toujours difficile de dire qu’il y a un sens aux chansons instrumentales parce que le sens est toujours abstrait. Ce n’est jamais l’histoire d’un mec qui aime une fille ou un truc de ce genre. Et d’ailleurs, même les chansons avec du chant comme Ice Cream ou Sundome, les paroles sont des sons propres aux chanteurs, voir des onomatopés. Ce ne sont pas vraiment un langage les gens pourraient comprendre. Alors le sens… tu sais. Pour Ice Cream, David disait que ce morceau sonnait comme une glace, alors on a dit ok.

Bonus tracks

Interview par Ariane Gruet
Montage par Thomas Folliot
Produit par Anousonne Savanchomkeo 

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